SAUNDATTI

6 - Incredible India

    La fête de Diwali tombe pendant mon séjour chez les Kadakol, et m’offre un aperçu des fameux paradoxes d’une Inde qui évolue entre tradition et modernité.  Il s’agit d’une des plus importantes fêtes hindoues célébrant pendant cinq jours le retour du roi dieu Rama dans son royaume après avoir délivré Sita dans la légende vivante du Ramayana. En son honneur, il est d’usage de nettoyer et repeindre les maisons, de se faire de nouvelles coiffures et de porter des habits neufs. Devant le pas des portes fleurissent de magnifiques rangoli, des dessins à la craie illuminés de bougies et lanternes, et les pétards éclatent dans les rues. La famille érige un superbe autel décoré de feuilles de bananiers, sur lequel ils allument les bougies et l’encens qui inonde la maison pendant la puja, après quoi on déguste un repas de fête. Pendant les célébrations, la télévision accrochée dans le salon reste allumée, anachronisme technologique dans un rituel millénaire.

Le frère d’Allamprabuh et son fils adolescent Pawan sont venus de Bangalore pour l’occasion. Pawan est résolument occidentalisé, avec son Dan Brown sous un bras et son smartphone à la main. Il ne jure que par la science et se place en rupture totale avec la tradition religieuse de sa famille qu’il accuse d’adorer de faux dieux, à leur grand désespoir. S’il accepte de venir au temple avec eux le soir des célébrations c’est à la condition que je les accompagne, et j’ai ainsi une chance unique de me retrouver seul occidental dans un des temples hindous les plus sacrés de la région, surpeuplé en ce soir de grande fête. Déluge de saris multicolores flambants neufs mêlés aux robes orange fluo des yogis sur fond de terre battue ocre, effervescence générale qui frise l’hystérie lors du passage de la procession des idoles, braseros incandescents, encens à profusion et tonnerre des tambours et des dizaines de cloches .. le spectacle est surréaliste et inoubliable.

Au fur et à mesure que le mois s’écoule, j’apprends à mieux connaître cette famille dont je partage le quotidien, et je me familiarise avec les multiples singularités de l’Inde. Se mêlent la prévenance de Gita et l’espièglerie de Sanju, les vaches errantes qui entrent même parfois dans la maison, les repas extra-pimentés que l’on mange avec les doigts assis à même le sol de la cuisine, le chai brûlant et sucré, les meutes de chiens errants qui aboient bruyamment la nuit, les pujas ancestrales, la curiosité des indiens qui posent toujours les trois mêmes questions “What’s your name ? Where do you come from ? What’s your religion ?”, les délicieuses masala dosa que l’on déguste au petit déjeuner, les quelques trois millions de dieux hindous qui semblent avoir ici une existence réelle et concrète, les matchs de cricket à la télévision, les habits multicolores qui égayent un quotidien souvent difficile, la bruyante conduite au klaxon, les innombrables temples couverts de statues et les non moins innombrables selfies que l’on prend avec moi - je sais déjà que tout cela va me manquer.

La fin du séjour approchant et mon billet de train en poche pour aller visiter les temples millénaires d’Hampi, je trépigne un peu d’impatience tout en sachant que mon séjour ici aura été une expérience sans précédent. Le dernier repas est préparé avec mon riz préféré et Allamprabuh m’offre des vêtements neufs, et prendra sa journée du lendemain pour la passer avec moi jusqu’à l’heure de mon train. Ce premier rapport avec l’Inde crée un sentiment de confiance qui ne me quittera pas pendant les mois de voyage qui suivront. Du calme tranquille de Saundatti à celui des monts himalayens de l’Himachal Pradesh en passant par les rues bondées de Delhi et la ferveur mystique de l’ancienne Bénarès, ce premier périple m’a offert un trop bref aperçu d’une culture à la richesse et la vitalité rare, et j’assisterai à des festivals de musique et de danses à presque chaque nouvel endroit où je me rends. Si je ressens l’appel mystique des hautes régions du Ladakh et du Sikkim proches du Tibet, mon prochain voyage en Inde passera bien sûr par une nouvelle retraite musicale chez Allamprabuh à Saundatti.

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 contactthomas.celnik@gmail.com  -  Paris, France

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