SAUNDATTI

5 - La danse de l'âme

Ma routine est parfois interrompue par les répétitions ou concerts d’Allamprabuh auxquels il m’emmène. J’ai ainsi la chance d’assister à un concert privé chez le fils de Mallikarjun Mansur, véritable légende de la musique classique hindustani. A sa mort, sa maison a été reconvertie en mausolée dédié à la musique, dont les murs sont couverts de ses photos. Fidèle disciple de son père et chanteur exceptionnel, Rajshekhar Mansur, parfaitement accompagné par Allamprabuh, offre une performance magnifique, que nous sommes une poignée de privilégiés à écouter, les yeux clos, plongés dans une méditation mystique rare.

Ecouter un extrait du concert

Extrait concert - Rajshekar Mansur
00:00 / 00:00

Un jour, une chanson enregistrée plusieurs années auparavant par la mère d’Allamprabuh est diffusée à la radio. La profonde nostalgie du morceau déborde du poste et inonde la pièce, comme une bande son qui accompagne le spectacle de cette femme voûtée à la santé déclinante, assise par terre dans le salon, qui s’écoute en pleurant silencieusement, plongée un bref instant dans les passés d’une vie presque révolue. Cet épisode me touche profondément, ce que je confie à Allamprabuh ; cela semble résonner chez lui car il racontera mon émotion à plusieurs reprises à ses amis. C’est que l’émotion occupe chez lui une place primordiale, dans la musique comme dans la vie. Quand Pawan, fier de son anglais, lui demandera quel est le langage universel, il lui répondra : “Feelings is what everybody speaks”.

Extrait du morceau diffusé à la radio et enregistré avec mon Zoom

Allamprabuh's mother song -
00:00 / 00:00

Cette importance de l’émotion est caractéristique de la musique indienne, qu’il décrit comme une musique jouée pour faire danser l’âme. Suivant les lois millénaires des textes sacrés contenus dans les Vedas, elle s’organise en râgas, littéralement “couleur” ou “passion”, qui définissent chacun un cadre mélodique censé susciter chez l’auditeur une gamme précise d’émotions dont les notes sont autant de nuances. Pour atteindre son plein potentiel, un râga doit être joué à un certain moment de la journée auquel il est attaché, créant chez le musicien comme chez l’auditeur une parfaite alchimie. Une théorie du moment qui est rigoureusement respectée, car jamais un râga du matin ne sera joué pour un soir de concert. C’est donc une musique qui s’écoute attentivement et les yeux fermés, dans une forme de méditation observante des émotions qui nous traversent. Cet état de concentration et profonde introspection que l’on retrouve beaucoup en Asie n’est pas familier aux occidentaux, à qui il est difficile de rester attentif jusqu’au bout de râgas qui peuvent durer des heures. A cela s’ajoute l’utilisation d’un même bourdon continu pour des râgas différents joués à la suite. Ce son nasillard produit par les tempuras est omniprésent dans la musique indienne, et peut donner l’impression d’un morceau unique et interminable si l’on est pas attentif aux différentes palettes d’émotions évoquées par chaque râga. Cependant, avec un peu d’habitude il nous plonge dans un délicat état de transe.

 contactthomas.celnik@gmail.com  -  Paris, France

  • Grey Facebook Icon
  • Gris SoundCloud Icône
  • Gris Bandcamp Icône
Afroblue - Solar Music
00:00 / 00:00
This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now